Lit de cendres

(2011)

quatuor à cordes n°2

durée : 9 minutes

 

en mémoire de Madame Grace Renzi-Kantuser et de Monsieur Bozidar Kantuser

 

Lors d’un concert-lecture à la Cité de la Musique à Paris, la voix de la poétesse russe Anna Akhmatova résonna dans la grande salle et cette expression me frappa vivement : « lit de cendres ». Je décidai alors de la réserver comme titre de mon second quatuor à cordes. Entre temps, une femme, amie très chère, disparut. Et la question de la mort se fit soudainement plus crue et plus durement ressentir. L’expression d’Akhmatova prit alors un sens plus lourd et plus impératif. Ce fut l’idée-force de ce quatuor : un long fil tendu, pendant lourdement, se chargeant d’une intensité sauvage. La lutte contre l’anéantissement qui guette. L’idée insoutenable d’une mort imparable. Victorieuse peut-être. En fin de compte. Et l’oubli, seconde mort imperceptible qui ponctue la pièce. L’oubli qui rappelle une dernière fois ce que fut une vie.

Le quatuor se construit par couches successives, culminant dans la partie centrale avec le jeu des doubles cordes ; les feuilles de cendres, éphémères et traçantes. Et la tension monte, donc, jusqu’à l’avant-dernière partie, partie où le son se veut insoutenable, violent et sans retenue. La suite, la fin, ne peut être que les débris de cette longue ascension, comme ceux d’une carlingue folle retombant à terre.

 

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© Arnaud Desvignes, 2019